J’ai tourné autour de plusieurs questions avant de m’arrêter sur celle-ci : comment vivre plus léger, plus cool, plus en paix et profiter, voire jouir de la vie?
Vivre avec l’intention d’aimer simplement.
Comment mettre cette intention en pratique et la vivre? Je vous avoue que la mise en application m’échappe encore plus souvent qu’autrement.
La première chose qui m’a interpellé a été de comprendre et d’accepter que je suis un être biologique. J’ai un corps, un système nerveux, des hormones, des instincts et des réflexes. J’ai faim, j’ai peur, je désire, je m’attache, je cherche le plaisir et j’évite la douleur. Ma biologie et l’évolution m’ont équipé pour survivre, et mon cœur peut accélérer avant même que je sache pourquoi. Une parole peut m’irriter en une fraction de seconde. Bref, mon corps n’attend pas que j’aie fini de réfléchir avant de réagir à un événement de la vie.
Et à tout ça s’ajoute mon histoire. La personne que je suis aujourd’hui a été façonnée par ma famille, ma culture, mon éducation, mes relations, mes réussites, mes échecs, mes blessures, mais aussi par les leçons et les conclusions que j’en ai tirées, consciemment ou non, pour les situations futures. Une partie de tout ce cocktail sert à me protéger du danger, de l’humiliation et de la douleur, mais aussi à rechercher l’amour des autres : parents, famille, amis, conjoint, collègues, etc.
J’ai compris que je ne regarde pas simplement la réalité : je vois la réalité depuis mes filtres.
Je ne vois pas seulement ce qui est, je vois aussi ce que je suis.
J’ai rapidement observé que, pour moi, éviter la douleur était largement plus important que rechercher le plaisir. J’ai donc érigé des murs et des barrières pour créer une distance entre moi et la vie. Il y avait tout un petit manuel d’instructions qui venait avec le fait d’être un homme, même si personne ne me l’avait remis officiellement : sois fort, contrôle-toi, serre les dents et avance.
Ces défenses m’ont servi. Je ne vais pas faire semblant du contraire. Mais elles avaient un prix. En essayant de fermer la porte à la possibilité d’avoir mal, j’ai aussi fermé la porte à beaucoup de choses qui pouvaient me faire du bien. Et ça, je ne l’avais pas compris. En fait, en me fermant à la douleur, je me fermais aussi à une partie de la vie elle-même.
C’est ici que j’ai rencontré quelque chose que je n’avais pas vraiment prévu. Ce qui me manquait, c’était le courage de laisser la vie me toucher.
Il y avait donc un choix à faire entre l’image de l’homme que je voulais projeter et le fait d’être pleinement vivant. J’ai choisi d’accepter de pleurer quand ça pleure et de rire quand ça rit. Avoir peur quand j’ai peur sans avoir honte. Être triste quand je suis triste sans essayer immédiatement de réparer ma tristesse. Être heureux quand je suis heureux sans chercher pourquoi. Accepter de ressentir, de rouvrir ces barrières, d’abaisser ces murs et, par-dessus tout, d’arrêter de me protéger d’avance contre la vie, donc de me rendre vulnérable.
Arrêter de me protéger d’avance, c’est aussi accepter de renoncer à vouloir contrôler ce qui ne m’appartient pas. Devant cet inconnu, mon cerveau veut une réponse. N’importe quoi qui remette un peu d’ordre dans tout ça… Si tout arrive pour une raison, alors ce qui m’échappe m’échappe peut-être un peu moins. Sauf que je ne sais pas si c’est vrai. C’est là que se situe aujourd’hui mon rapport à Dieu.
Je ne sais pas si Dieu intervient dans ma vie, s’il existe un plan, ni même si les mots que j’utilise pour parler de Dieu correspondent à quelque chose que je suis capable de comprendre. Mais je ne peux pas non plus affirmer qu’il n’y a rien. J’ai vécu et ressenti certaines choses qui m’empêchent honnêtement d’arriver à cette conclusion. Il existe pour moi quelque chose dans l’expérience de la vie, de la conscience et de l’Amour que je n’arrive pas à réduire à rien.
Alors, pour l’instant, ma réponse est simplement : je ne sais pas. Et curieusement, ces trois mots m’apportent beaucoup plus de paix que toutes les réponses que j’ai essayé de leur substituer. Je peux croire, espérer et prier sans avoir besoin de prétendre savoir.
Je ne veux plus utiliser Dieu pour me soustraire à ce qui m’appartient. Si quelqu’un souffre devant moi, sa souffrance est là. Si j’ai blessé quelqu’un, ce que j’ai fait est là. Si une décision m’appartient, elle m’appartient. Je peux demander de l’aide à Dieu si j’en ressens le besoin, mais je ne lui demande plus de jouer ma partie à ma place.
Je peux regarder ce qui est devant moi, utiliser mon intelligence, mes moyens et mon courage, faire de mon mieux et prendre la décision qui me semble juste. Après ça, on verra. Cette partie reste beaucoup plus difficile à accepter pour moi. Je passe une quantité assez impressionnante de temps à essayer de contrôler des choses sur lesquelles je n’ai absolument aucun contrôle : anticiper, m’inquiéter, rejouer le passé, imaginer des conversations, souhaiter que quelqu’un pense autrement, prévoir ce qui pourrait mal aller et, avec un peu de talent, m’inquiéter ensuite de ce qui pourrait mal aller dans ce qui pourrait mal aller.
C’est là que commence, pour moi, Aimer simplement. Ce n’est pas une méthode, ni une nouvelle version de moi que je dois réussir à devenir, et certainement pas une autre liste de règles à suivre correctement. C’est une intention.
Quand quelque chose se présente à moi, je sais que ma biologie peut être la première à réagir, puis ma tête arrive avec mes filtres inconscients. J’essaie et j’apprends à respirer dans ces moments plus chargés. J’essaie simplement d’accepter ce qui est là et de ressentir ce qui me traverse tel quel. Ressentir ne veut pas dire donner les commandes : le ressenti peut être là sans décider à ma place. Et finalement, autant que j’en suis capable, j’essaie de choisir ma réponse depuis l’amour.
En fait, mon intention est d’arrêter de me protéger d’avance des événements qui se présenteront.
Je reste donc ouvert à la vie pour en jouir et en profiter pleinement… Un bon repas est déjà un bon repas. Un rire est déjà un rire. La présence de quelqu’un que j’aime n’a pas besoin de devenir autre chose. Une journée où il ne se passe absolument rien peut être une très bonne journée. Je n’ai pas besoin d’attendre d’avoir tout compris, tout réglé et tout sécurisé avant de me permettre d’être heureux.
En vivant ainsi, je sais qu’il y aura des moments géniaux et aussi des moments qui font mal. C’est ça, la vie…
Je suis en vie, ici et maintenant. Mon intention est simple : aimer simplement.
Pour le reste, on verra. Mais cela suffit déjà largement.